Le 29 octobre 2026, la Communauté valencienne a marqué le deuxième anniversaire de la DANA (« dépression isolée en altitude », un épisode de pluies extrêmes très localisées) qui a fait 233 morts et environ 13 milliards d’euros de dégâts, selon le bilan officiel rapporté par la presse espagnole. Les chantiers d’urgence sont terminés, les dispositifs d’alerte ont été revus, mais de nombreux grands ouvrages de prévention n’existent encore que sur le papier. Pour la Belgique, l’événement rappelle trois sujets concrets : l’alerte à la population, le ruissellement et la construction en zone d’aléa.

Que s’est-il passé en octobre 2024 à Valence ?

Les pluies, très localisées, se sont abattues sur les bassins du Magro, du Júcar et du barranco del Poyo (un barranco est un ravin à sec la plupart du temps, qui se remplit brutalement lors d’un orage). Les crues éclair de ces cours d’eau ont été quasi simultanées, ce qui a laissé très peu de temps aux habitants pour réagir.

Le bilan humain et matériel est lourd. Selon la dépêche EFE du 29 octobre 2026, 129 000 véhicules ont été détruits et 69 000 logements endommagés. Deux personnes restent portées disparues. Le 29 octobre est désormais une journée de deuil et de souvenir des victimes en Communauté valencienne.

Ces chiffres sont ceux de la presse espagnole au 2 novembre 2026. Ils peuvent encore être précisés par les autorités espagnoles.

Pourquoi le bilan a-t-il été aussi lourd ?

Une alerte arrivée trop tard pour beaucoup

L’agence météo espagnole avait émis une alerte de niveau rouge le matin du 29 octobre, à 7h36. Mais la gestion de la crise a ensuite suscité de vives controverses, notamment sur le moment où la population a été prévenue. La RTBF a retracé cette chronologie des alertes et cité une experte de l’ULiège pour qui des événements comme celui de la Vesdre en 2021 ou celui de Valence vont devenir plus nombreux et plus intenses.

Le fond du problème est simple : une prévision météo, même juste, ne protège que si elle devient un message que les habitants reçoivent, comprennent et savent traduire en gestes.

Un ruissellement et des crues sur des bassins qui réagissent en quelques heures

Le ruissellement, c’est-à-dire l’eau de pluie qui n’est pas absorbée par le sol et dévale les pentes et les rues, a joué un rôle central. Sur des bassins courts et pentus, entre la pluie et la montée de l’eau, il s’écoule parfois très peu de temps. Plus le sol est imperméabilisé, plus l’eau arrive vite et en grande quantité.

Des surfaces inondables plus étendues qu’on ne le pensait

Une nouvelle cartographie réalisée depuis l’événement fait apparaître, selon Le Petit Journal Valence, 61 % de surfaces inondables en plus à Valence. Autrement dit, une partie des zones bâties n’était pas identifiée comme exposée avant 2024. C’est un enseignement transposable : une carte de risque n’est utile que si elle est à jour et si elle est réellement prise en compte dans l’aménagement du territoire.

Qu’est-ce qui a changé en Espagne depuis ?

Au 2 novembre 2026, le bilan est contrasté, d’après la presse espagnole et francophone :

  • Alerte : le système ES-Alert, alors peu connu du public, est depuis utilisé à plusieurs reprises, comme lors de la DANA Adam d’octobre 2026, selon Valencia Plaza.
  • Chantiers d’urgence : ils sont achevés.
  • Ouvrages de prévention : beaucoup de grands projets restent à l’état de plans.
  • Cartographie : elle a été refaite et élargit les zones reconnues comme inondables.

Nous ne détaillons pas ici les projets précis ni leurs calendriers : ils relèvent des autorités espagnoles.

Que rappelle cet événement à la Belgique ?

L’alerte : savoir qu’on la recevra, et quoi en faire

En Belgique, les autorités disposent de BE-Alert, le système qui envoie un message par SMS, e-mail ou appel vocal en cas d’urgence. La page du Service public de Wallonie sur le risque d’inondation le présente, ainsi que le numéro 1771 que le Centre de Crise National peut activer. Il faut s’y inscrire ou vérifier son inscription, car la réception dépend de la manière dont on est enregistré.

Une alerte n’a de valeur que si l’on sait réagir. Voici ce qu’il est utile de préparer avant un orage :

  • savoir quel est l’étage le plus sûr de la maison ;
  • identifier ce qu’il faut monter ou déplacer en premier (documents, appareils électriques, contenu de cave) ;
  • connaître le chemin d’évacuation et ne pas tenter de traverser une rue inondée ou un garage souterrain.

Exemple type : dans une maison mitoyenne avec cave à Liège, l’habitant prévenu par BE-Alert dispose de quelques dizaines de minutes au mieux. Si le tableau électrique est en cave et que rien n’a été préparé, ce temps sert surtout à constater les dégâts à venir.

Le ruissellement ne se limite pas aux bords de rivière

En Wallonie, la carte de l’aléa d’inondation distingue le débordement de cours d’eau, représenté en zones, et le ruissellement, représenté en axes. Elle est consultable en ligne et reste indicative. Un bien situé loin de toute rivière peut donc être exposé à un axe de ruissellement. À Bruxelles, la carte combinée de Bruxelles Environnement intègre depuis 2025 la pluie, les cours d’eau et le refoulement d’égout, mais elle est indicative et sans valeur réglementaire. En Flandre, les scores P (parcelle) et G (bâtiment) de A à D sont en vigueur depuis le 1er janvier 2023.

Construire en zone d’aléa : ce que la Belgique encadre déjà

Les règles diffèrent selon la région, et il ne faut pas les généraliser :

– Wallonie Bruxelles Flandre
Outil de référence Carte de l’aléa, quatre niveaux Carte combinée, indicative Scores P et G, de A à D
À la vente Le notaire indique l’aléa dans l’acte Le notaire indique si le bien est en zone à risque au sens de la loi sur les assurances Scores obligatoires dans la publicité et l’acte (informatieplicht, obligation d’information)
Permis La commune peut refuser ou imposer des conditions Règlement régional d’urbanisme : citerne pour construction neuve Watertoets (test de l’eau) pour tout permis
Wallonie
Outil de référence
Carte de l’aléa, quatre niveaux
À la vente
Le notaire indique l’aléa dans l’acte
Permis
La commune peut refuser ou imposer des conditions
Bruxelles
Outil de référence
Carte combinée, indicative
À la vente
Le notaire indique si le bien est en zone à risque au sens de la loi sur les assurances
Permis
Règlement régional d’urbanisme : citerne pour construction neuve
Flandre
Outil de référence
Scores P et G, de A à D
À la vente
Scores obligatoires dans la publicité et l’acte (informatieplicht, obligation d’information)
Permis
Watertoets (test de l’eau) pour tout permis

Dans tous les cas, l’assurance incendie « risques simples » d’une habitation couvre l’inondation et le refoulement des égouts publics, selon la loi du 4 avril 2014 relative aux assurances. Un bâtiment construit en zone à risque plus de 18 mois après le classement de la zone peut toutefois être refusé par l’assureur.

Et pour un commerce, une copropriété ou une entreprise ?

Un gestionnaire de bâtiment, un syndic ou une PME ne peut pas se contenter de l’alerte reçue sur un GSM individuel. Il faut un plan interne : qui reçoit l’alerte, qui décide, qui ferme les ouvertures, qui évacue les sous-sols et parkings. À Valence, une grande partie des pertes matérielles concerne des véhicules : un parking en sous-sol est un point à traiter d’emblée.

Exemple type : une PME en zone d’activité, avec stock au rez-de-chaussée et accès de plain-pied, a intérêt à connaître son niveau d’aléa avant l’orage, à identifier les ouvertures à protéger en premier et à tester la procédure au moins une fois. Pour les ouvertures, une protection adaptée aux entreprises se choisit après étude, selon la hauteur d’eau attendue.

Ce qu’il faut retenir

  • La DANA du 29 octobre 2024 a fait 233 morts et environ 13 milliards d’euros de dégâts ; deux ans après, les grands ouvrages de prévention restent en grande partie à construire.
  • Le bilan s’explique par des pluies très localisées, des crues éclair quasi simultanées, une alerte jugée tardive et des zones inondables sous-estimées.
  • En Belgique, vérifiez votre inscription à BE-Alert et préparez à l’avance ce que vous ferez si l’alerte arrive.
  • Consultez la carte officielle de votre région : le ruissellement peut toucher un bien éloigné de tout cours d’eau.
  • Les règles à la vente et au permis diffèrent entre Wallonie, Bruxelles et Flandre ; ne les appliquez pas d’une région à l’autre.

Pour savoir ce qui vous concerne, commencez par repérer votre bien sur la carte officielle de votre région, puis, si besoin, demandez une étude et un devis pour protéger vos ouvertures et vos canalisations.